Quand les bactéries se suicident

Ces derniers mois ont été émaillés d’informations inquiétantes concernant des bactéries multirésistantes, rendant les antibiotiques actuels inefficaces. Autant dire qu’il est temps d’envisager de nouveaux antibiotiques afin de se prémunir d’éventuelles futures crises sanitaires majeures. Des scientifiques du Max Planck Institute for Medical Research (Allemagne) viennent de publier les résultats des recherches qu’ils ont menées autour du suicide bactérien ! Ce phénomène est observé chez la majorité des bactéries et se base sur un mécanisme de type poison-antidote. Ces bactéries possèdent un duo de gènes qui produit d’une part une toxine, d’autre part une antitoxine. En condition normale, l’ensemble s’équilibre. Mais lorsqu’elles sont soumises à un stress, la toxine submerge l’antitoxine et la bactérie meure.

Ce mécanisme intéresse les chercheurs qui imaginent de futurs antibiotiques basé sur cette capacité suicidaire des bactéries. La méthode employée pour induire ce comportement aborde des procédés que je ne maîtrise pas du tout. On parle de phosphorylation de l’UNAG en UNAG-3P, ce genre de choses vous voyez. Pour les passionnés, je vous renverrai aux sources de ce billet. Tout ce que je peux en dire, c’est que cela semble prometteur, et c’est déjà pas mal ! ^^

 

Sources : PlosBiology via Futura-Sciences

Author: Matthieu

Share This Post On

2 Comments

  1. Quand j’avais lu la première fois que les bactéries étaient capables de se suicider, ça m’avait beaucoup intrigué. En effet, le terme de suicide est plutôt réservé aux eucaryotes, les cellules de même types que les notre. Chez les eucaryotes, on appelle ça l’apoptose. La cellule peut se tuer par des signaux internes ou externes de façon programmée, c’est-à-dire qu’il est prévu qu’elle doit être tué ou il est prévu qu’elle se tue dans certaine condition. En gros il faut voir cela comme un sacrifice : la cellule se tue pour le bien du reste de l’organisme. D’ailleurs, chez les cellules cancéreuses, l’apoptose est obsolète. La remise en route de l’apoptose est l’une des grandes stratégies des traitements anticancéreux de demain, avec l’apoxie des tumeurs, et la reconnaissance des tumeurs par le système immunitaire. En effet, un médicament permettant de remettre en route l’apoptose dans ces cellules permettrait d’éviter tout dégât autre que sur les cellules cancéreuses, et garantirait l’éradication de toutes les métastases qui sont la causes des rechutes.

    Bref pour en revenir aux bactéries, elles ont finalement un comportement similaire au comportement des cellules apoptotiques. En fait, lorsqu’un milieu manque de nutriment et/ou est trop chargé en déchets, la colonie bactérienne va s’amputer d’une partie de ces bactéries, en espérant des « jours meilleurs » ou la colonie pourra reprendre une belle croissance. Cela évite que la colonie entière meurt sans s’accorder un sursis. Plutôt malin non ?

    Moi à l’époque, j’avais pas du tout penser au côté médical, puisque ça a toujours était la biologie qui m’intéressait et plus largement la compréhension de l’univers. Ce qui m’a surpris c’est de voir que des unicellulaires étaient capables d’avoir une stratégie de groupe et une communication intercellulaire, ce qui est généralement réservé exclusivement aux pluricellulaires. Et dans ma spéculation, j’ai imaginé que si sur la vie terrestre cette communication unicellulaire ne s’était pas développée (en tous les cas pas autant que chez les pluricellulaires), dans des conditions différentes, n’aurait t-il pu pas en être autrement, après tout ?

    S’il serait déjà difficile de reconnaître la vie extraterrestre -car il est difficile d’avoir une définition juste de « la vie »-, qu’en est t-il de l’être (scientifiquement parlant). En gros, est-ce-qu’un être vivant peut il être composé uniquement d’unicellulaire (ça paraît bizarre dit comme cela, mais c’est pertinent, enfin je crois …)

    Sinon pour en revenir au sujet même de ton sujet, c’est une stratégie intéressante, qui n’est possible que sur les bactéries ayant développé une telle stratégie de groupe. Mais tout comme les antibiotiques, l’évolution viendra tôt ou tard mettre caduc ce projet. Heureusement d’ailleurs, c’est ce qui permet de croire dans la pérennité de la vie, malgré toute sorte de catastrophe inimaginable. Ça ne veut pas dire pour autant que le projet est inintéressant.
    Ceci dit, les techniques visant l’amélioration de l’asepsie et le « boostage » du système immunitaire, ont des résultats plus universels (vis à vis des bactéries) et pérennes.

    Post a Reply
  2. Pour compléter ton billet, il est écrit dans l’article que la toxine empêche la formation de la paroi bactérienne donc quand elle est active, tue les bactéries qui se multiplient. Lors de LA condition de stress qui inhibe l’expression de l’antitoxine, la toxine va pouvoir être active, tuant ainsi la bactérie dont elle est issue. La mort de ces bactéries permet la libération des facteurs de virulence intracellulaires. Seules les bactéries se divisant lentement vont survivre jusqu’à ce que la condition de stress soit passée.
    Les bactéries mortes (« suicidées ») ont semble-t-il préparé le terrain, en libérant des facteurs de virulence, à une infection et à une dissémination des bactéries vivantes dans l’hôte.

    Post a Reply

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *