65 000 000 000 000 $ et moi, et moi, et moi…

Musique !

Petit calcul et grandes conclusions

Je ne suis pas économiste et j’ai arrêté mon année de Maths Sup en cours de route. Personne n’est parfait. Néanmoins il me reste quelques bases en arithmétique (addition, soustraction, multiplication et division feront l’affaire) qui vont me permettre d’étayer mon puissant cours magistral d’économie mondiale. N’ayons peur de rien, sachons rester vaniteux !

65 000 000 000 000 $, ça en fait des zéros. 65 000 milliards de dollars. Si ce chiffre astronomique vous échappe dans sa représentation, sachez qu’il s’agit en gros du PIB mondial. Pour faire simple, ce chiffre correspond à la richesse créée par l’ensemble du monde en une année. S’il paraît impressionnant, il faut le relativiser par le nombre d’habitants qui peuplent notre planète. Nous sommes 6,9 milliards. Si nous divisons grossièrement 65 000 milliards par 6,9, cela donne un peu moins de 9 500 $ par habitant. Le PIB/habitant moyen est donc d’environ 9 500 $. Si la moyenne en elle-même n’amène pas à considérer grand chose tant les réalités sont hétérogènes d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un individu à l’autre, elle va tout de même me permettre d’illustrer mon propos du jour.

Pour faire plus simple, on va arrondir les 9 500 $ à 10 000 $. Disons donc qu’en moyenne, un humain de 2010 aurait 10 000 $ de richesse à sa disposition, directe ou indirecte, pour l’année. Mais voilà, dans la réalité, le PIB/hab. du Burundi est inférieur à 700 $/an, celui d’un Luxembourgeois supérieur à 80 000 $/an ! Un rapport de 1/114 ! Pour vous donner une idée, voici les ordres de grandeur à l’échelle des continents :

  • Afrique : PIB/habitant : 1 700 $/an. Elle représente moins de 3 % du PIB mondial alors que sa population représente 15 % de la population mondiale. Le PIB de l’Afrique dans son ensemble représente à peine plus de la moitié du PIB de la France sur une année !
  • Asie/Océanie : PIB/habitant : 6 500 $/an. Cela représente environ 40 % du PIB mondial alors que la population représente près des 2/3 de la population mondiale.
  • Amérique du Sud : PIB/habitant : 8 500 $/an, soit 8 % du PIB mondial pour 10 % de la population totale.
  • Europe : PIB/habitant : 22 000 $/an (30 000 $/an pour la zone Euro), soit 25 % du PIB mondial pour à peine plus de 10 % de la population.
  • Amérique du Nord : PIB/habitant : 40 000 $/an. Continent le plus riche, il représente 22 % de la richesse mondiale pour seulement 5 % de la population.

Ces états de PIB/habitant ne permettent pas de mesurer réellement les niveaux de vie dans chacun des pays ou continents respectifs. Néanmoins, ils doivent me permettre d’étayer les perspectives que je souhaite mettre en lumière.

Classons le monde en 2 grandes catégories : les occidentaux (dont je fais partie) et les autres. Mon groupe, qui ne représente même pas 20 % de la population mondiale, détient près de 60 % de la richesse produite. Pas besoin d’aller plus loin pour reconnaître l’aspect profondément inégalitaire de la répartition de la richesse à l’échelle mondiale.

En clair, si nous voulions répartir de manière purement égalitaire (ce que je ne souhaite pas nécessairement, j’y reviendrai), la richesse mondiale, c’est à dire allouer l’équivalent de 10 000 $ par personne, il faudrait que nous autres français, occidentaux, acceptions de diviser notre niveau de vie par 3 ! Arrgh ! Perspective peu crédible vous en conviendrez.

Logique de compétitivité et « potentiel d’inégalités »

Cette situation n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau par contre est notre conscience de la mondialisation du monde. Je préfère d’ailleurs le mot « globalisation » qui malgré son origine anglophone, fait résonner un sens plus dynamique à mon avis. Mais peu importe. Si, jusqu’à encore récemment, nous pouvions vivre notre statut de « riches » sans se préoccuper outre mesure du sort des milliards d’autres de nos congénères, en niant honnêtement ou non, des réalités bien différentes des nôtres, ce n’est plus possible aujourd’hui, au moins d’un point de vue moral ou éthique. Je ferai prochainement un billet dédié à la notion d’éthique. Ce que je veux dire par là est qu’il nous est désormais impossible de nier la réalité profondément inégalitaire sur laquelle nous vivons.

Pourtant, nous continuons à faire comme si nous ne le savions pas. Notre mode de vie et son accroissement sont en grande partie basés sur l’exploitation de ce que j’appellerai le « potentiel d’inégalités ». Globalement nous souhaitons tous améliorer notre confort, notre niveau de vie. Idéalement, cela passe par l’accroissement de nos revenus. Mais ce n’est pas chose simple car cela requiert l’augmentation de notre productivité, de notre capacité à générer de la richesse, bref de notre croissance économique. Mais l’amélioration de notre confort passe aussi et de plus en plus par la réalité de notre capacité à consommer. En clair, pour consommer davantage, soit j’arrive à obtenir plus de revenus, soit je chercher à consommer moins cher. Avoir plus pour moins cher est devenu un véritable leitmotiv de nos sociétés. Cela n’est pas sans conséquences, cela n’est pas sans un certain paradoxe.

Alors que notre croissance française plafonne en moyenne entre 1 et 3 % (les bonnes années) ces vingt dernières années, nos « besoins » de consommation eux, ne suivent pas le même rythme. Nous voulons des écrans HD  (et maintenant 3D) de 102 cm. Nos moyens sont limités. Nous voulons des écrans HD 102 cm pour 500 €. Nous n’acceptons pas la stagnation, (et donc encore moins la régression) de notre niveau de vie. Nous n’acceptons pas que certaines choses soient « réservées » aux plus fortunés d’entre-nous. Nous voulons toujours plus, toujours mieux. Soit. Cela rejoint d’une certaine manière la logique de progrès qui m’est si chère. La croissance économique est liée au progrès technique et dans l’idéal, elle doit se traduire en progrès social et sociétal. Oui mais voilà, tout n’est pas parfait dans cette dynamique.

L’augmentation de notre capacité à consommer basée sur un abaissement des coûts de production est la traduction dans le réel de mon fameux « potentiel d’inégalités ». Mon écran à 500 € n’est possible que parce qu’ailleurs, les coûts de production, les salaires et donc les niveaux de vie locaux sont plus bas qu’ici. Nous délocalisons une grande partie de nos productions pour satisfaire notre besoin plus global de consommation. L’amélioration de notre niveau de vie puise une partie de ses ressources dans ce « potentiel d’inégalités ». C’est parce que d’autres (en l’occurrence beaucoup d’autres) sont bien plus pauvres que nous que nous pouvons augmenter notre propension à consommer davantage. S’orienter vers une tendance visant à réduire les inégalités à l’échelle mondiale revient à réduire ce « potentiel d’inégalités » sur laquelle est basée notre mode de vie occidental actuel. En clair, et bien que cela soit d’un cynisme déroutant, garantir nos modes de vie et notre confort revient à garantir le « potentiel d’inégalités » et donc à maintenir dans la pauvreté la majorité des habitants de notre planète.

Cette logique entraîne aussi un paradoxe énorme et une fuite en avant qui ne pourra pas durer indéfiniment. Le paradoxe vient du fait qu’alors que nous voulons des écrans à 500 €, nous voulons néanmoins des salaires élevés en France. Or, tout n’est pas possible, il faut faire un choix. Des salaires élevés entraînent certes une hausse de la capacité à consommer mais entraînent dans le même temps une hausse des coûts de production et donc des produits ou des services. Dans le même temps, la délocalisation, si elle entraîne une baisse des prix, diminue aussi notre capacité à proposer des revenus élevés. L’argent ne vient pas de nulle part, mais de la valeur ajoutée apportée lors de l’exploitation, de la transformation ou de la commercialisation d’une matière, d’un produit ou d’un service. Ceci est notre paradoxe et il durera tant que nous n’accepterons pas que notre conception actuelle de l’économie mondiale ne nous permet pas de tout avoir. Je le répète, ma démonstration est grossière, simpliste mais je m’attache à montrer les dynamiques.

Pour la fuite en avant, je l’illustrerai avec le cas allemand. L’Allemagne semble se sortir de la crise de manière plus probante que la France. Sa production industrielle, ses exportations, sa croissance affichent un bien meilleur visage que de l’autre côté du Rhin. Cela s’explique certainement, au moins en partie, par la capacité qu’a eu l’Allemagne à maintenir son niveau de productivité ces dernières années au prix de nombreux sacrifices, notamment le quasi gel des salaires ces 10 dernières années. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle tenir sur cette voie ? Combien de temps un pays peut-il continuer en ne proposant à son peuple que le fait de conserver une situation, de limiter la casse ? Où est donc le progrès là-dedans ? L’Allemagne recule l’échéance, ce qui, en l’état actuel des choses, est toujours mieux que la France qui sombre déjà. Mais on ne peut pas sérieusement, en tout cas je n’en ai pas l’envie, envisager un futur par le nivellement par le bas. Doit-on accepter de revoir à la baisse nos prétentions sociales, sociétales pour maintenir notre « compétitivité » ? Jusqu’où ? Jusqu’au niveau des Chinois ? Mais la Chine connait d’ores et déjà la logique de délocalisation en transférant une partie de sa production dans des pays voisins aux coûts de production encore plus faibles ! Le Bangladesh doit-il devenir la norme mondiale en terme de production ? Doit-on définitivement accepter de renoncer à nos 30 000 $ actuels et à notre hypothétique croissance pour tendre vers les 10 000 $ en apparence égalitaires ? Doit-on renoncer au progrès social et économique ? Peut-on dans le même temps sciemment maintenir les 3/4 de la planète dans un niveau de pauvreté suffisamment élevé pour maintenir notre « richesse » ? Le peut-on techniquement ? Le peut-on éthiquement ?

Le partage ou la guerre ?

La logique de « compétitivité » m’apparaît anachronique tant elle nie la réalité d’un monde où la concurrence se joue avec des règles différentes d’un lieu à l’autre sur la planète. Que deux acteurs économiques, sur un même marché, avec les mêmes contraintes sociales, environnementales et économiques se fassent concurrence, soit, c’est la logique même de l’économie de marché et j’y tiens (je ferai un billet prochain sur mon « libéralisme »). Mais la globalisation de l’économie n’entraîne pas l’harmonisation des règles et des normes. C’est comme si nous jouions au foot contre une équipe autorisée à jouer à 30 et avec les mains (oups !). Accepter que d’autres soient meilleurs que nous est une chose, ne pas jouer avec les mêmes règles du jeu en est une autre. Mais en tant que consommateurs, nous encourageons cette logique de « compétitivité » faussée. Et nous n’accepterons pas facilement d’y renoncer. Mais où tout cela peut-il nous mener ? Le « potentiel d’inégalités » est-il sans fin ? Peut-on espérer pouvoir tout concilier ?

Sans m’enfoncer dans des questions morales ou éthiques, j’avoue avoir un peu de mal à bien vivre ma position sociale aux yeux du monde quand je pense à la misère générée par mon mode et mon niveau de vie. Savoir que des dizaines de millions de personnes ne peuvent pas vivre dignement parce que l’Union Européenne, les Etats-Unis subventionnent massivement les exportations agricoles de nos pays, rendant les pays les plus pauvres « non compétitifs » sur le marché mondial me gène. Savoir que mes baskets, mon ordinateur, ma console de jeux, ma TV, mes meubles, mes fringues me sont « abordables » parce que fabriqués dans des conditions que je n’accepterais pas pour moi-même me gène. Mais je ne suis pas meilleur que les autres, j’arrive encore à dormir le soir et à oublier dès le lendemain. A faire semblant de nier ces réalités qui me mettent face à nos contradictions et nos responsabilités. Mais j’ai de plus en plus de mal à faire semblant et à continuer comme si de rien n’était. Il est tellement facile de se dire humaniste, solidaire, sensible au sort des autres depuis son canapé ou aux terrasses des cafés. Mais que sommes-nous prêts à faire pour changer cette situation qui paraît inacceptable ?

Au-delà du caractère éthique de la problématique, la nécessité de changer réside aussi dans la structuration même des fondamentaux de notre économie globale. Je me suis « amusé » (chacun ses lubies ^^) à une projection simple de la croissance économique mondiale et de la croissance démographique ces prochaines années. En partant d’un scénario avec une population estimée à 9,1 milliards d’habitants en 2050 (hypothèse retenue par l’ONU) et une croissance mondiale annuelle de 4 %, il faudrait attendre 2047 pour que le PIB moyen par habitant soit de 30 000 $.

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Si cette projection ne tient pas compte des disparités qui continueraient d’exister tout comme le fait qu’en 2050, le PIB/hab. moyen des pays occidentaux ne devrait plus être de 30 000 $, elle permet de se poser la question suivante : la croissance est-elle infinie ? Je réponds sans hésitation oui mais pas telle qu’elle est basée actuellement. Il est urgent de changer de paradigme de croissance. Notre croissance actuelle à l’échelle mondiale est essentiellement, de manière directe ou non, basée sur l’exploitation de matières premières non durables : pétrole, gaz, charbon, uranium, minerais divers. Si nous savons tous plus ou moins que le pétrole s’épuise rapidement, nous n’avons pas toujours conscience qu’il en est de même pour l’aluminium, le fer, le cuivre… Or, toutes ces matières sont à la base de la croissance mondiale. Pourtant, la plupart des théories économiques dominantes font comme si toutes ces matières étaient disponibles en quantité infinie.

S’il n’est déjà pas évident que nous acceptions de partager notre richesse dans un monde en croissance continue, ça l’est encore moins dans un monde où les sources de la croissance se raréfient. Personne, aucune nation, aucune société n’acceptera de diviser son niveau de vie par 2 ou par 3 pour gagner en éthique, pour partager. Ce n’est pas que nous ne trouvions pas la chose juste fondamentalement mais l’effort, le sacrifice serait bien trop grand pour supplanter notre égoïsme, notre esprit de conservation et nos idéaux sociaux. Je l’ai dit plus haut : le nivellement par le bas n’est pas une option envisageable. Aussi, quelle(s) alternative(s) sont concevables ?

Alors que les enjeux n’ont jamais été aussi mondiaux, il est curieux (ou pas) d’assister à un renforcement des discours nationaux voire nationalistes, des logiques protectionnistes avec tout le lot de populisme et de démagogie qui va avec. Je crains que ça n’aille pas en s’arrangeant. Nos politiques chercheront toujours à satisfaire nos « besoins » fussent-ils irrationnels ou déraisonnables. Nous avons conscience de vivre une période charnière même si nous n’en mesurons pas tous les enjeux et toutes les conséquences. Plus ou moins consciemment, nous sentons les choses nous échapper, changer d’échelle. Il en est de même pour nos dirigeants. Le décalage grandit de jour en jour entre la réalité et l’échelle des problématiques et l’échelle de nos institutions, de nos politiques et de nos discours. Plus les années passeront, plus les conséquences risqueront d’être difficiles à supporter. Que serons-nous prêts à accepter pour bénéficier des derniers barils de pétrole, les dernières tonnes d’acier ou de cuivre ? Combien d’émeutes de la faim accepterons-nous de supporter dans nos JT pour garantir notre niveau de vie ? Sommes-nous prêts à cautionner des conflits armés pour l’accès au pétrole ou à l’eau douce ? Refuser de partager aujourd’hui c’est accepter la violence de demain si rien ne change.

Peut-on refuser la croissance et ses « bienfaits » à ceux qui en ont si peu bénéficié jusqu’à maintenant ? Serons-nous d’ailleurs les plus forts pour défendre nos accès aux ressources naturelles ? Ferons-nous le poids face aux Etats-Unis, à la Chine alors que nous avons déjà tant de mal à faire vivre l’ensemble européen ? Sommes-nous condamnés à vivre dans un monde où la raison du plus fort est toujours la meilleure ? N’avons-nous pas d’autres choix que « le partage ou la guerre » malgré des siècles de civilisation ?

Une troisième voie ?

Le scénario que je viens de décrire est clairement anxiogène. D’ailleurs, j’espère me tromper totalement sur ma lecture de la situation. J’avoue que je préfèrerais que quelqu’un me dise que je suis un sombre idiot et que je n’ai rien compris à l’affaire… Si c’est le cas, n’hésitez pas à me le dire et à me démontrer mon erreur. Mais avant, peut-être avez-vous lu en haut à droite de cette page, dans le mini-portrait que je me suis consacré (sachons être vaniteux ET narcissique), que je me définissais comme « résolument optimiste ». Difficile à croire à la lecture des dernières lignes, non ? Et pourtant. Si j’ai créé ce blog, ce n’est pas pour seulement y déverser mes craintes, mes coups de gueule, mes atermoiements, mes critiques. Au-delà des constats, je veux essayer d’être objectif et constructif, tenter de comprendre, de voir quelles pistes s’offrent à nous, quelles solutions pourraient aider à la résolution de nos problématiques et concilier mes propres idéaux avec la réalité de notre monde. Ambitieux projet mais c’est à travers ce genre d’initiative que je me sens capable de faire vivre mon optimisme.

Si j’admets volontiers qu’un monde fait de partage entre riches et pauvres est illusoire, je refuse à me résigner sur la question du changement. Si l’on ne peut changer le passé, on peut faire des choix pour le futur. S’il ne s’agit pas de diviser et de renoncer à ce que nous possédons ou souhaitons posséder, il faut néanmoins parvenir à adopter une dynamique de responsabilité. Nous ne pouvons pas continuer à ignorer nos responsabilités sociales, économiques et environnementales à l’égard du reste de la planète. Tous nos choix devraient passer à travers une grille de lecture à définir qui nous permettrait d’assumer en pleine conscience nos choix de société et leurs conséquences. Nous avons un devoir d’exemplarité et non celui de donner des leçons. Rien ne changera rapidement mais comme j’aime à me le rappeler : « l’important n’est pas tant la vitesse à laquelle nous avançons, mais d’avoir la certitude d’aller dans la bonne direction ». Nous nous devons d’être les plus irréprochables possible sur notre démarche pour l’avenir. Nous ne pouvons plus faire peser les conséquences de nos choix sur les autres aujourd’hui, ou sur les générations de demain.

Mais ces beaux voeux ne régleront pas la problématique de la croissance et de la profonde légitimité des pays les plus pauvres à se développer et à leurs peuples d’avoir des aspirations au progrès. Plus haut j’écrivais qu’à la question « la croissance est-elle infinie ? », je répondais « oui » sans hésitation. La croissance ne doit pas être présentée comme un problème. Ce qu’il faut gérer ce sont les sources de la croissance et la répartition de ses bénéfices. Mais peut-être faudrait-il envisager la croissance autrement qu’uniquement à travers sa traduction en points de PIB ? Plus que la croissance économique, ce qui nous intéresse est la croissance de notre niveau de vie, de notre niveau social, de notre confort. Au-delà d’avoir plus, nous souhaitons avoir mieux. C’est l’idée commune que l’on se fait du progrès.

Aussi, afin d’éviter au maximum les futures crises liées aux difficultés d’approvisionnement en matières premières, aux conflits sociaux liés à l’augmentation du chômage, au recul du pouvoir d’achat, il serait temps d’enclencher la transformation de nos économies. La priorité devrait être donnée à la recherche et à l’innovation. Il faut trouver des palliatifs durables à nos habitudes actuelles. Ce n’est pas parce qu’il n y a pas de solutions « miracle », qu’il n’y a pas de solutions. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de solution aujourd’hui à tel ou tel problème qu’il n’y en aura pas demain. Mais il faut se donner les moyens de trouver des solutions. Nous vivons une époque unique sur le plan historique : pour la première fois de l’Histoire, l’Homme a la capacité de complètement prendre en main son futur et ce, de manière mondiale. Des choix que nous ferons ces prochaines années dépendront directement notre avenir commun et celui de ceux qui suivront. Nous avons changé d’échelle. Ce n’est plus un pays par rapport à un autre, un bloc par rapport à un autre, une civilisation par rapport à une autre. Non, désormais nous devons choisir et agir en ayant conscience de notre interdépendance vis-à-vis du reste du monde. Cela n’empêche pas les choix locaux mais doit les mettre en perspective.

La question n’est pas de savoir si nous devons consommer moins d’énergie. A l’échelle mondiale, il est absurde de penser que cela soit possible. La question est de savoir d’où proviendra l’énergie que nous consommerons. La question n’est pas de ce savoir si nous devons consommer moins mais comment continuer à faire vivre une logique de progrès dans une démarche de responsabilité globale.

Je crois en la science. Je crois en la technologie. Je crois au génie humain et à notre capacité à innover, à trouver des solutions. Ma crainte réside dans le doute que j’ai sur notre capacité collective à freiner ou à braquer le volant avant que notre pare-choc ne touche le mur. Le XXIe siècle peut être un siècle formidable fait de progrès incroyables en médecine, en technologie, de résorption des inégalités en terme d’accès aux soins, au confort… Un siècle qui démontrerait la capacité des hommes à prendre leur destin en main, malgré les difficultés, faisant face aux problèmes mais ne renonçant jamais à l’idéal de progrès. Mais, le XXIe peut aussi être le siècle qui démontrera notre incapacité à prendre le tournant de la mondialisation, à dépasser le XXe siècle et ses logiques économiques et géopolitiques dépassées. Un siècle fait de violences, de misère, de catastrophes écologiques, de conflits et de désillusions.

Notre responsabilité est grande, à la hauteur de l’enjeu : l’avenir du monde. Ne croyons pas que nous n’y pouvons rien. Ne croyons pas que la responsabilité nous échappe, qu’elle incombe à d’autres. Chacun d’entre-nous, en tant que consommateur, en tant que citoyen, en tant que professionnel, en tant qu’homme et femme appartenant à ce monde nous avons la responsabilité de notre propre futur. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous ne pourrons pas dire que ce n’est pas notre faute. Mettons la pression sur nos responsables politiques pour qu’ils adoptent des postures et des actes au niveau des enjeux. Ne succombons pas à la démagogie facile ou au fatalisme. Ne remettons pas à demain ces questions car demain est déjà là et les points de non-retour sont nombreux. Si des solutions peuvent émerger, seule la mise en place de politiques responsables, dans un maximum de pays peuvent permettre leurs mises en oeuvre à grande échelle. Il faut parvenir à coordonner au maximum nos actions, nos choix. Les logiques de type G20, gouvernance mondiale, vont dans le bons sens mais elles se heurtent dans le même temps aux démagogies nationalistes. Il faut organiser et piloter les politiques de recherches scientifiques, tous domaines confondus de manière la plus globale possible : internationale, public/privé, sciences humaines et sciences dures… Il faut parvenir à dessiner notre futur. Nous en avons le potentiel, transformons-le en réalité. Puisque nous avons des responsables politiques qui nous ressemblent, alors changeons.

Posons-nous toutes et tous les questions suivantes : comment vois-je le monde dans 30 ou 40 ans ? comment vois-je la France dans 30 ou 40 ans ? Pensons aux réalités d’aujourd’hui pour imaginer le monde de demain. Ensuite, posons-nous la question suivante : quel monde et quelle France aimerais-je voir dans 30 ou 40 ans ?

Il ne s’agit même pas de savoir si nos rêves sont possibles. Si on dit non, on fait quoi ? La seule question est : comment y parvenir ? Que dois-je faire pour espérer que cela soit possible ? Dans un premier temps, l’espoir suffira. Regardons, analysons tous nos choix à travers ce prisme fait d’ambitions et de responsabilités. De nos souhaits, de nos rêves, de nos ambitions naîtra notre futur. De notre démarche éthique et responsable la capacité à le réaliser.

Et si ça ne marche pas, j’espère que je serai ce « sombre idiot » qui se sera trompé…..

A suivre.

5 réflexions sur « 65 000 000 000 000 $ et moi, et moi, et moi… »

  1. Je pense que ton analyse est bonne reste à développer les solutions …

    Personnellement je pense que certaines des clefs sont :

    – S’assurer, d’une manière ou d’une autre, que les multinationales, qui pèsent de plus en plus souvent un poid économique comparable à celui de certains états (ce qui va s’accentuer), œuvrent pour le bien collectif (= Démocratiser le fonctionnement des entreprises ?)

    – Acter/accepter la perte d’influence relative de l’occident/la baisse de croissance en occident

    – Continuer à automatiser l’industrie (les japonnais et les allemand étant pionnier dans ce domaine ) et augmenter ainsi encore la productivité pour avoir à terme la possibilité de se passer de plus en plus de l’homme dans l’industrie

    – Acter que la technologie aidant il y a surplus de main d’œuvre

    – Repenser le travail ( remplacer cette notion par la notion d’activité) et :
    a. Mettre en place un revenu minimum universel et systématique (que la personne exerce ou non une activité) éventuellement sous forme de monnaie alternative
    b. Récompenser financièrement les activité non salariées (implication associative)
    c. Réduire le temps de travail et mettre en place une formation continue tout au long de la vie dans le temps dégagé

    – Investir de plus en plus dans la recherche en particulier pour ce qui est des question écologique, énergétique, alimentaire , médecine…

    – Sans doute réfléchir à la mise en place de nouvelles forme de monnaies ne permettant pas la spéculation

    – Repenser l’ensemble du système éducatif

    1. J’aime beaucoup la manière dont tu envisages les pistes pour les solutions notamment sur la notion de travail. Ça sera d’ailleurs peut-être le thème de mon prochain billet.

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