Du bruit et des odeurs… Et notre idéal dans tout ça ?

Vous n’aurez certainement pas manqué ces derniers temps, cette volonté de (re)mettre la déchéance de la nationalité dans l’arsenal des peines possibles pour les Français non-Français de souche (!) qui auraient porté atteinte à des dépositaires de l’autorité de l’Etat. Quelques jours plus tard, il est suggéré d’étendre cela à d’autres crimes (excision, traitements inhumains, délinquance grave, …). Plus fort encore, la possibilité envisagée de ne pas octroyer la nationalité française à des mineurs nés en France (!) mais de parents non-Français qui auraient commis des actes de délinquance aggravée. Bref, pour faire simple, il s’agit ni plus ni moins que de créer deux catégories de Français avec des droits différenciés. Une sorte de permis à points de « bon Français » pour toutes celles et ceux qui auraient eu le malheur de ne pas avoir tirer les bons numéros à la loterie de la naissance. Et pourtant …

C’était il y a 19 ans :

retrouver ce média sur www.ina.fr

Ces mots de Jacques Chirac en 1991 trouvent un écho tout à fait actuel dans ce climat de plus en plus pesant sur les questions d’immigration, d’identité nationale, de sécurité. Seulement voilà. Le bruit que j’entends est celui des bottes. L’odeur celle des discours nauséabonds de ces derniers mois.

De la déchéance de la nationalité à la déchéance de la nation

Vous n’aurez certainement pas manqué ces derniers temps, cette volonté de (re)mettre la déchéance de la nationalité dans l’arsenal des peines possibles pour les Français non-Français de souche (!) qui auraient porté atteinte à des dépositaires de l’autorité de l’Etat. Quelques jours plus tard, il est suggéré d’étendre cela à d’autres crimes (excision, traitements inhumains, délinquance grave, …).  Plus fort encore, la possibilité envisagée de ne pas octroyer la nationalité française à des mineurs nés en France (!) mais de parents non-Français qui auraient commis des actes de délinquance aggravée. Bref, pour faire simple, il s’agit ni plus ni moins que de créer deux catégories de Français avec des droits différenciés. Une sorte de permis à points de « bon Français » pour toutes celles et ceux qui auraient eu le malheur de ne pas avoir tirer les bons numéros à la loterie de la naissance. Et pourtant …

Article premier de notre Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Aïe ! En clair, ça ne va pas le faire. Ça ne DOIT pas le faire :   » […] sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Bordel, c’est beau comme projet de société non ? Et pour satisfaire à un électorat vieillissant, très souvent rural et qui regrette la France des Choristes nous devrions renoncer si facilement à cet idéal de société ? Car au-delà du Droit, au-delà du texte, il y a le projet ! Quelles étaient les valeurs qui ont animé les rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, sur laquelle se base (encore) notre constitution ?

Je ne suis toutefois pas naïf au point de penser que la France de 2010 ressemble à celle de 1789. Je ne suis pas naïf au point de penser que l’idéal républicain de la première heure ait pu réellement exister de manière pleine et entière. Je ne suis pas naïf au point de penser que des « déclarations » suffisent à régler la question du vivre ensemble. Et alors ? Est-ce parce que rien n’est évident, que rien n’est définitif qu’il faut renoncer à tout idéal ?

Je n’aurai pas la prétention (encore que …) de généraliser à partir de mon cas, mais je ne peux pas me résigner à vivre dans une société qui ne parvient pas à se projeter de manière positive dans son avenir. Ce n’est pas qu’une question de nationalité, c’est bien plus que cela. Certes, l’être humain a une tendance naturelle au conservatisme. Le changement angoisse, les habitudes rassurent. Mais la « société », le « collectif » ont cette formidable capacité à transcender, à dépasser l’individu pour permettre l’émergence d’idéaux, de valeurs communes, de fondamentaux qui servent (ou devraient servir) de « lignes de vie » à nos destins communs et permettent d’avancer sur le chemin du progrès. Oui, le progrès.

Or, depuis bien trop longtemps, nous avons renoncé à faire en sorte de maintenir le progrès comme une nécessité absolue. Le monde politique en est le reflet. Le personnel politique, tous partis confondus, est passé d’une logique majoritairement de proposition à une logique essentiellement de réaction. Pour simplifier, le politique réagit davantage à l’actualité d’aujourd’hui qu’il ne construit le quotidien de demain. Il n’est pas question d’agir en niant les réalités mais il est indispensable que la politique garde une dynamique de construction.

Mais l’Histoire ne fait-elle que se répéter ? Si les discours d’aujourd’hui m’évoquent davantage le Régime de Vichy que les belles heures de notre Histoire, l’état de notre société ces dernières décennies me font croire en un stade de déchéance de notre nation, de décadence. Nous avons mangé (tout ?) notre pain blanc. Nous avons cru à l’immuabilité du progrès social, de la croissance économique, du mieux-être. La réalité se heurte à nos illusions. Le monde s’est globalisé, nos problématiques et nos enjeux avec. Nous avons cru que nos valeurs, nos idéaux étaient gravés dans le marbre de notre Histoire. Aujourd’hui nous prenons péniblement conscience que rien n’est acquis, que rien n’est définitif et qu’il convient de questionner de manière permanente nos certitudes afin de savoir quoi défendre et pourquoi.

Questionner notre « identité nationale » ne devrait pas être le chemin glissant que nous vivons actuellement mais ce devrait être à notre idéal de société ce que le doute est au scientifique : une nécessité méthodologique. Que sommes-nous et surtout que voulons-nous être ? Si j’ai le sentiment de la déchéance de notre nation, c’est parce qu’elle se fourvoie sur son identité. Elle oublie dans son Histoire ses propres valeurs de progrès pour ne garder que son conservatisme. Pire, elle projette de définir son identité non pas dans son idéal mais dans son rapport aux autres, par facilité, par faiblesse. Plutôt que de définir qui nous devrions être, nous décidons de qui nous ne voulons pas dans notre rapport identitaire. En 1940, les Juifs servaient « d’étalon » permettant de qualifier de façon infâme ce qu’était un « bon Français ». En 2010, allons-nous utiliser qui des Roms, des clandestins, des hommes et des femmes, des enfants issus de l’immigration, des « jeunes de banlieues », des musulmans, des homosexuels, des Noirs pour déterminer de manière ignoble, sordide mais éhontée qui nous sommes ? La simple évocation de cette tendance me donne la nausée. Ce n’est pas ce que j’ai appris à l’école. Ce n’est pas la France que j’aime. Ce n’est pas la France que j’ai envie d’aimer.

Pour vivre ensemble, ce que nous voulons en commun et plus important que ce que nous avons en commun. La dynamique collective, et c’est valable pour un couple comme pour une nation, est définie non pas par ce que nous possédons ensemble mais par ce que nous construisons ensemble. Peu importe qui nous sommes et d’où nous venons si nous sommes convaincus par notre ambition commune.

Mais voilà. Il est plus facile d’adopter la stratégie de l’ennemi commun que celle du projet commun. Cela demande beaucoup moins d’efforts et d’intelligence. Il est tellement plus simple d’être tous « contre » que tous « pour ». Trouver un ennemi c’est s’affranchir de ses propres responsabilités. A tout le moins, en avoir l’illusion. Ce n’est plus de ma faute si la société n’est pas ce que je souhaite mais celle des autres, les délinquants, les immigrés, ceux qui n’ont pas la même culture, la même couleur … Les « supprimer », les « nier » apparaît comme la solution miracle. Replions-nous sur nous mêmes, sur nos certitudes, notre (glorieux ?) passé et nos points communs et empêchons les autres de briser notre cercle d’idiots décérébrés qui nous rassure tant. Comme si cela allait régler nos problèmes. Comme si, à l’instar du nuage de Tchernobyl, toutes les problématiques s’arrêteraient aux frontières. Comme si le monde n’était qu’une juxtaposition de pays bien hermétiques, étanches les uns par rapport aux autres. Allons-nous longtemps continuer à supporter ce genre d’inepties ?

Considérer nos différences comme des problèmes, c’est oublier notre Histoire. En 1794, l’abbé Grégoire faisait état que seulement 3 millions de personnes parlaient français sur un total de 28 millions. La France était un véritable puzzle linguistico-culturel. Est-ce pour autant que l’idéal républicain n’a pas pris forme ? Certes, tout ne s’est pas fait dans la douceur et la continuité et il aura fallu près d’un siècle pour voir ce projet fou se stabiliser mais quels résultats ! Education, émancipation des individus, progrès techniques, avancées sociales, démocratisation, amélioration de la santé, de l’espérance de vie, …. Notre vie n’a plus grand chose à voir avec celles des premiers citoyens de 1789. Nous vivons sur l’héritage de nos aïeuls. Nous ne le faisons pas prospérer, nous le dilapidons sans le reconstituer.

L’Histoire n’a pas vocation à nous faire vivre dans le passé, à alimenter notre nostalgie, notre passéisme, notre conservatisme latent mais à nous donner des exemples, des leçons et à comprendre les dynamiques. Ce ne sont pas nos différences qui  nous empêchent  d’avoir un projet commun. Nous sommes irresponsables, immatures, indignes de se revendiquer de l’esprit des Lumières et de son idéal républicain. J’entends, je lis ça et là que la nationalité française devrait se « mériter ». Quelle gigantesque mascarade ! Nous ne sommes qu’une bande d’imposteurs, toujours prêts à donner des leçons de morales aux autres tout en crachant sur le plus beau de notre patrimoine : la volonté de vivre ensemble.

 

Oui, je sais, mon propos est facile à tenir, bien pensant. Mais comment fait-on ? Je serais bien incapable de fournir comme cela, à la volée, un programme de mesures pour parvenir à un monde meilleur. Qui le pourrait d’ailleurs ? Mais je suis au moins convaincu d’une chose : notre potentiel. Je me plais, ailleurs, à montrer à quel point l’intelligence humaine est prodigieuse, à quel point une seule personne est capable d’accomplir, d’inventer, de réaliser de grandes choses. Néanmoins, je reste toujours dubitatif quant à notre incapacité à faire les choses collectivement. D’ailleurs, je ne crois pas aux mouvements populaires, aux révolutions. Je crois aux leaders. Je crois aux élites, qu’elles soient politiques, intellectuelles, médiatiques, économiques, …. Nous n’avons pas toutes et tous à appréhender l’ensemble des sujets. Certaines personnes sont plus qualifiées, plus intéressées que d’autres pour prendre en main, pour faire avancer tel ou tel domaine, telle ou telle problématique. Nous ne pouvons pas être spécialistes en tout. Il faut donc déléguer notre confiance.

Nous touchons là au point central de notre responsabilité : pour jouer pleinement leur rôle, les élites ont besoin de légitimité, de confiance. Notre responsabilité en tant que citoyen et plus généralement en tant que peuple est de s’assurer de la possibilité de vivre dans une société capable de faire confiance. Or, plus les années passent et plus j’ai l’impression que la défiance prend le pas sur tout le reste : défiance des politiques et des médias notamment. D’autre part, les intellectuels sont particulièrement atones ou inaudibles. Notre paradoxe contemporain se situe dans le fait de ne jamais avoir eu tant besoin de réfléchir et de construire notre avenir et de si peu exploiter le potentiel d’intelligence que nous avons. Le nombre de gens éduqués, cultivés n’a jamais été si grand qu’aujourd’hui. La masse de connaissances en toute chose augmente chaque jour. Les nouvelles technologies permettent le partage immédiat, de s’affranchir des distances, des frontières, des horaires et optimisent l’utilisation des moyens.

Tout n’est pas noir et tout n’est pas perdu. De fantastiques progrès se font chaque jour en médecine. Des solutions technologiques font leur apparition quotidiennement pour tenter d’apporter des réponses à nos problèmes. Mais il manque une dimension plus globale. Le monde politique subit et cherche à s’adapter tant bien que mal alors que son rôle devrait être celui de chef d’orchestre. Les politiques doivent nous proposer une France pour demain. Les politiques doivent projeter leurs actions et nous projeter dans 25, 50, 100 ans. Pour avoir la légitimité de le faire et pour éviter les grandes bêtises, ils doivent s’appuyer sur les élites intellectuelles, tous domaines confondus. Car si l’activité des chercheurs en médecine, en astronomie, en nouvelles technologies donne des résultats « médiatiques », qu’en est-il pour les philosophes, sociologues, futurologues, géographes, démographes, … ?

Il faut bâtir sur des bases solides, les plus indiscutables possibles. Mais il faut aussi une part de « rêve ». Etre ambitieux pour soi comme pour la société dans laquelle on vit n’est pas une tare. Bien au contraire. Vivre dans une société ambitieuse pour elle-même est une impérieuse nécessité. Aux scientifiques et aux intellectuels l’analyse de la réalité et des scénarios, aux politiques les prises de décisions et la détermination du cap. Aux citoyens le choix des capitaines. Chacun à un rôle à jouer et personne ne doit fuir ses responsabilités. Aux politiques le devoir de prise de décisions, d’exemplarité et de probité. Aux citoyens le devoir de ne pas succomber aux sirènes du populisme et de la démagogie. Aux scientifiques et aux médias le devoir d’informer, d’alerter. Aux citoyens le devoir d’entendre et d’agir/choisir en conséquence.

Mais il est possible de faire bien davantage. Notre rôle de « citoyen », de composante de la société, ne se limite pas à notre vote. Non, chaque jour, dans notre profession, dans nos activités personnelles nous pouvons faire vivre notre idéal de société en faisant vivre nos valeurs et nos opinions au quotidien. Ce n’est ni une question de temps, ni une question de moyens. En moyenne, chaque Français passe 1250 heures par an devant la télévision. Si on consacrait ne serait-ce que l’équivalent de 5 % de ce temps (10 mn par jour) à des activités au profit de la collectivité, sur une base de 40 millions de personnes potentiellement concernées, ce serait 2,5 milliards d’heures qui seraient mises à profit pour aller vers du « mieux » ! Cela en fait des projets, des moments pour rencontrer les autres, pour apprendre à vivre ensemble, pour s’entraider, pour partager….

Ce rapide calcul fait très « Bisounours », j’en conviens. Mais il me permet d’illustrer ce que je voulais démontrer : notre potentiel pour changer les choses. Montrer qu’il ne tient qu’à nous de choisir ou non de prendre notre avenir en main. De dire, de faire savoir nos opinions et de les faire vivre. De construire ensemble pour pouvoir vivre ensemble. De pouvoir se projeter dans un avenir plus serein et, je l’espère, plus fraternel, où le communautarisme, la xénophobie seraient mis à mal par la réalité d’une société capable de s’épanouir avec des origines, des cultures, des parcours multiples mais avec une volonté  de partager un destin commun. Je n’ai le choix que de l’espérer. J’essaierai toujours d’oeuvrer en ce sens.

 

A suivre…

9 réflexions sur « Du bruit et des odeurs… Et notre idéal dans tout ça ? »

  1. Écoute ce commentaire plein de sagesse et de bonnes idées réfléchies (oui à cette heure avancée de la nuit j’abandonne tout principe de modestie)

    Je ne sais pas comment introduire mon commentaire. A propos de la nation ou du « leadership » (quel vilain mot anglophone :p) des peuples (quelle vilaine idée) ? Nation me semble plus appropriée pour créer un « fil » directeur.

    « Nation », c’est très difficile à définir je trouve. Déjà c’est une définition qui n’a jamais cessé d’évoluer avec le temps, ça ne rend pas la chose plus aisée. Et puis les nations, toutes les nations sont récentes. Pour la France je dirais qu’une certaine idée est née lors de la guerre de 100 ans, disons l’échafaudage, les matériaux ont été amenés avec la Révolution, par la force soit dit en passant, en obligeant les citoyens à parler français et à adopter nos symboles républicains actuels, et le ciment a été coulé après 1870. Alors proposer un débat national sur l’identité nationale avant même de parvenir à définir le mot nation ça me paraît osé. D’aucuns me diront que « c’est vivre ensemble » ce à quoi je répondrai que n’étant pas raciste je veux bien vivre avec tout le monde mis à part avec ceux avec lesquels je ne veux pas vivre, certains français compris. Donc caduc cette définition. D’autres conçoivent la nation que par les symboles et les références au passé (on pourrait citer Éric Zémmour en exemple). Ce genre de nationalisme est, je pense, à bannir, car il n’amène que le conflit. La nation ce n’est pas hier, la nation c’est aujourd’hui. Personnellement à ce débat sur l’identité nationale, la meilleure réponse a peut être été apporté par François Hollande, qui a dit que l’identité nationale été révélée par les citoyens lors des élections présidentielles (à quelques mots près, je n’ai jamais été bon pour les citations)

    Je lis dans ton billet, ton passage sur les leaders et ça me désole. Peut être que tu as une tendance à vouloir t’élever au dessus de la masse et peut être la mépriser inconsciemment, en tous les cas je trouve que dans ce message tu l’apparentes trop à du bétail qui se ferait diriger par son berger. Dans le même temps je ne t’en veux pas (je suis bon prince ce soir), car je pense que c’est culturel. Des Grecs de l’antiquité on n’a pas hérité seulement l’art et la science, mais aussi leur conception du héros. Depuis l’antiquité, les sociétés occidentales tirent cette conception comme un boulet à leur cheville (au contraire de l’art et de la science qui a bien été éclipsé durant les 1000 années du moyen-âge) et jusqu’à aujourd’hui elle n’a jamais disparue. Cette conception n’a pas autant d’intensité en asie par exemple, c’est propre au monde occidental, chacun essaie de s’élever au dessus des autres. Ça passe par celui qui fait une vidéo sur youtube, celui qui tente de rentrer dans le guiness des records, et ça peut aller jusqu’à la star de cinéma ou autre. Ces « leaders » ont comme objectif de marquer l’histoire, c’est bien vaniteux, d’autant qui ne la marqueront pas, où tout au plus quelques siècles et encore tout finit irrémédiablement dans l’oubli. Leur essence c’est uniquement de l’orgueil au point au final d’avoir du mépris pour les peuples, tant et si bien qu’ils finissent pas être à côté des réalités, et tentent d’imposer leur volonté.

    Il ne faut pas mépriser les peuples, et il faut aimer la démocratie. Il ne faut pas considérer les peuples comme une foule, qui est toujours vulgaire et idiote, par simple limite de la psychologie de notre espèce. Mais les gens qui composent la foule, ont plus de talent et de raison que ce que la foule exprime, et leur talent vaut bien, si ce n’est plus que le talent d’un leader. Ce qui différencie le leader de l’individu, ce n’est ni le travail, ni le génie, ni quoique ce soit d’autre que l’opportunisme. Moi je crois au peuple plus qu’au leader. C’est le peuple qui construit le monde qui m’entoure, c’est le peuple qui bâtit l’immuable, c’est le peuple qui est mon quotidien, c’est le peuple qui est synonyme de monde et non pas deux trois leaders dont l’unique résultat est de refaire ou défaire le/les résultats d’un/des leaders précédant(s). D’ailleurs le suffrage universel direct qui n’est pas né avec les révolutions du XVIII siècle, les leaders craignant les conséquences de l’ignorance des peuples, est une avancée pour nos sociétés modernes, pas l’inverse.
    Et pour illustrer cette idée de différence entre ce qu’émet une foule, et le talent de l’individu qui la compose, on pourrait prendre l’exemple d’internet. La foule c’est la vague de « trolls » qui déferleront sur ton blog. L’individu de cette foule, c’est celui qui est capable de créer une chanson qui va être entendue des millions de fois sur le net, qui peut devenir célèbre par son bd-blog, celui qui a autant de talent qu’un leader.

    En France, on avait associé deux mots pour faire une très belle conception : le peuple souverain. Je trouve que ça sonne bien, et si malgré tout on doit utiliser des symboles alors peuple souverain, liberté, égalité, fraternité, sont des notions intemporelles désirées par chacun. C’est notre idéal. Malheureusement peut être que les français ont oublié qu’ils étaient leur propre souverain, et attendent des politiciens qu’ils fassent leur travail. Pour nous pardonner, je dirais qu’il est bien difficile de trouver aujourd’hui le politicien idéal, et que quand on entend des députés dire à propos des sanctions pour l’absentéisme à l’assemblée nationale, qu’il vaut mieux qu’ils soient, soit disant, au près de leur concitoyens et que la seule alternative c’est de lire le journal à l’Assemblée, il y a de quoi vomir. Des politiciens sans respect des institutions républicaines et qui ne conçoivent pas d’être traités à égalité des citoyens du peuple, qui depuis l’école sont sanctionnés lorsqu’ils sont absents à leur devoir. Des leaders orgueilleux.

    Enfin pour m’arrêter là (il est tard) puisque je parlais de « politicien idéal », pour moi ce genre de politicien est quelqu’un qui porte les idées du peuple et qui par son intelligence et sa connaissance des mécanismes économiques, diplomatiques, etc etc, les mets en application. Le politicien idéal ce n’est pas un politicien qui propose un programme politique et qui demande après coup « ça vous intéresse ? ». Auquel cas ça deviendrait un oligarchique qui devrait faire bon gré malgré du suffrage, ce pourquoi il pressera le peuple d’aller vite faire « son devoir »

    Conclusion : oui je suis un con idéaliste, mais si je ne le suis pas maintenant, je ne le serai jamais, et je crains pour mes opinions une fois vieilli.

    Le préquel des PS : Je ne me suis pas relu, mais il y a certains passages qui ne doivent pas être « jojo »

    PS : Attention cher Matthieu, de ne pas utiliser le passé à titre comparatif, ou alors très subtilement, mais surtout, ô surtout pas les références à la seconde guerre mondiale. Même si le cas est criant de comparaisons, cela tombera inévitablement dans la vulgarité et renforcera ceux que tu voulais discréditer. Après tout n’oublions pas qu’à l’époque, les gens même au courant, n’imaginaient pas que les crimes commis par Hitler étaient possibles. Aujourd’hui les gens même au courant, ne prennent pas au sérieux les comparaisons avec le nazisme.

    PPS : ta fenêtre pour écrire les commentaires est moche et petite. :p

    1. D’abord merci pour ce « long » commentaire !
      1- Sur la « nation » :
      Je suis d’accord sur le fait qu’il est difficile de pleinement définir ce qu’est la nation. Pour moi, je la définirai comme la capacité d’un peuple (plus ou moins homogène) à faire émerger un Etat. Il y a une notion de volonté, de dynamique. Je suis d’accord avec François Hollande sur ce sujet : http://www.slate.fr/story/12533/identite-hollande-combat-nationale
      2 – Sur les « leaders » :
      Ce mot fait peur, j’en conviens. Mais loin de moi l’idée de défendre une forme ou une autre de despotisme. Je ne méprise pas non plus le peuple. Seulement, je ne crois pas une seule seconde à la démocratie directe ou à l’auto-gestion. Je ne connais pas (mais peut-être pourras-tu me soumettre des exemples) de cas historiques d’exercice plein et entier du pouvoir par le peuple, de manière directe. Je suis un défenseur de la démocratie représentative. Mais ce n’est pas pour cela que je souhaite déposséder le peuple de sa souveraineté, au contraire. Quand je parle du nécessaire besoin de légitimité et de confiance, c’est justement pour éviter les travers liés au leadership que tu mentionnes. Dans mon billet, je fais d’ailleurs une ode à l’intelligence individuelle et déplore son manque de transformation collective, que je souhaite plus que tout.
      Je suis d’accord avec toi sur les qualités que doivent porter les hommes et les femmes politiques.
      Le seul point avec lequel je ne suis pas en adéquation est sur leur rôle de proposition. Je pense que le personnel politique doit faire des propositions au peuple en acceptant ce rôle de capitaine. D’une part pour des raisons pratiques car je ne vois pas comment recueillir de manière intelligente des programmes qui seraient issus de la population. Demande à Ségolène Royal ce qu’elle a pu tirer des ses comités « Désirs d’Avenir ». D’autre part, si je crois en la nécessité d’augmenter le niveau de démocratie locale, je ne crois pas que les gens, de manière indéfinie, soient capables d’être massivement une source de propositions crédibles à un niveau national et international. Ce serait faire peu de cas de la complexité des problématiques. Il n’y a qu’à voir le très faible nombre d’adhérents à des partis politiques, le très faible taux de syndicalisation, finalement la faible implication des citoyens dans la construction des projets. On peut le regretter mais je vois mal comment changer cet état de fait à moyen terme. Croire que l’on peut se passer de la professionnalisation de la politique est une erreur à mon sens, à moins que l’on me prouve le contraire (dans le détail et si possible par l’exemple), je resterai convaincu de la nécessité d’avoir des élites.
      3 – Sur ton PS : Je n’ai pas parlé d’Hitler et du nazisme mais des mécanismes, notamment antisémites, qui ont servi à la France à justifier dans son histoire une sale idée de son intégrité identitaire. Et malheureusement, ces mécaniques se répètent.
      4- Sur ton PPS : Si j’ai le courage, je me pencherai sur cette fenêtre.

  2. Si nous sommes une nation et donc comme tu l’as dit une certain homogénéité, alors il y a également un certain consensus d’idées. Dans l’état actuel, je ne dis pas que c’est possible, mais c’est un idéal. Imaginons que l’on puisse, par exemple utiliser les moyens de communications actuels, pour créer cette liste d’idées émises par le peuple, cette charte politique, alors les élections reviendront à choisir le candidat qui a le meilleur plan d’action pour mettre en œuvre ces idées, plutôt que le candidat qui a les meilleurs idées. C’est aussi impossible que l’était l’abolition des privilèges ou la mise en place du suffrage universel.

    Bon puis là UPS vient de me livrer mon trépied pour mon appareil photo, alors j’ai été complètement coupé dans mon élan, alors tant pis.

    Sinon pour ta fenêtre de formulaire, normalement dans le template du doit avoir une class ou une id égale à un nom. Dans ta feuille de style tu appelles ce nom soit par un point ou soit par un # selon que ce soit une class ou un id, suivie du nom (ex : .formulaire ou #formulaire). Tu ouvres des accolades et pour redimensionner tu utilises width: et height: suivi de leur valeur en px ou en %
    tu fermes ta phrase par un ;
    et tant que tu y es tu peux changer la police de caractère en utilisant font: suivi du nom des polices de caractères dans l’ordre de préférence, ce qui te donne quelque chose comme ça :

    .formulaire {
    width: 500px;
    height: 300px;
    font: arial, times;
    }

    ça devrait marcher ^^

  3. bonjour
    J’aime beaucoup votre approche philosophique de notre sociéte mais pour y apporter un vécu pour avoir beaucoup voyager :avec une régle de base :respecter le pays que je visite et m adapter a la vie du Pays pas le contraire .
    Je vous rejoint par contre sur la non mobilisation (participation ) collective de l’étre humain ou pourtant nous pourrions étre des acteurs … pas des figurants

    1. Je suis d’accord avec vous sur le respect du pays d’accueil et du sens dans lequel doit se faire l’adaptation. Mais la composition de nos sociétés évolue, il n’est donc pas absurde de penser que son identité aussi…
      Merci pour le compliment 🙂

  4. Elle ne me semble pas si moche cette fenêtre …

    Bon déjà cet article est intéressant et j’espère que de nombreux autres suivront.

    J’en profite aussi pour te féliciter pour et-demain.com

    De même très bonne réponse d’Aristote.

    J’aimerai revenir sur trois points :

    1. L’élitisme :
    Déjà première remarque je pense, au vu de tes commentaires, que tu as mal choisi tes mots (ou pas assez défini ce que tu entendais par élitisme dans l’article). Car, présenté ainsi, tu prêtes le flanc à des attaques inutiles et certains lecteurs risquent de bloquer sur ce point (ok c’est un peu ce que je fais) sans prêter attention au reste.
    Sur le font : Personnellement j’ai souvent associé l’élitisme et le centralisme et j’ai longtemps été à la foi dans une certaine mesure élitiste (pas élitiste façon retour de la race Arienne (oui moi aussi je rajoute mon petit point godwin) mais plutôt façon commission d’expert ) et centraliste. Même si ca évoque les heures sombres du communisme, 1984, le meilleurs des monde instinctivement, entre de « bonnes mains » ca me semblait être la méthode la plus efficace… Néanmoins, et même si je reste convaincu de la nécessité de la création d’un organisme capable d’imposer certaines règles au niveau mondial, plus le temps passe plus les risques de telles solutions (conflits d’intérêt, détournement des systèmes mis en place de leurs buts initiaux) me paraissent élevés au regard de leurs avantages. A certains niveau (monde de l’entreprise) les systèmes non hiérarchisés présenté par Thierry Crouzet me paraissent une alternative intéressante. A d’autre une multiplication des pouvoirs et contre pouvoirs me semble le meilleurs choix. Enfin, ce qui va à la foi à l’encontre de la démocratie représentative et de l’élitisme, j’ai découvert en écoutant un cour (diffusé dans les podcasts du collège de France) de Jon Elster que le critère le plus efficace pour choisir les membres d’une assemblées/d’un jury chargé de prendre une décision semble être le hasard (en gros ca évite tout un tas de problème liée à la sélection de la minorité qualifié et c’est l’un des seul moyen permettant de s’assurer une diversité maximale dans l’assemblée ainsi constitué hors cette diversité semble plus nécessaire que la présence d’experts).
    Un lien dont je n’ai que survolé le contenu et qui ne semble pas exactement parler du même sujet mais bon :
    http://www.laviedesidees.fr/Le-tirage-au-sort-plus-juste-que.html

    2. Ta fin bisounours :
    Elle me semble intéressante… L’ensemble de nos société recel d’un potentielle énorme en terme d’activité/productivité… Si l’on sort du carcan des activités salariées. C’est à mon avis l’une des clé de l’établissement d’un monde meilleurs reste à trouver comment l’inciter les gens à se lancer dans ces activités, organiser ces activités, déterminer le périmètre de ces activités… Je suis de mon coté entrain de mettre en forme quelques idées sur le sujet mais je serai très curieux d’écouter les tiennes.

    3. Une réponse pour Aristote :
    (ca a quelque chose de classe de taper la discute avec Aristote d’ailleurs)
    Ma réaction est peut être biaisée vu que, comme Matthieu, j’ai certaines idée « politique », que j’ai envie de les diffuser et que mon égo aimerait que ce ne soit pas inutile. Mais autant je peux te suivre dans la critique des élites, et j’admets qu’il est sans doute peu souhaitable que ces même élites soit ceux qui prennent les décisions autant il me semble néanmoins indispensable qu’il y ai des leader d’opinions qui analysent et proposent des idées. Tout simplement parce que l’alternative est le gouvernement au sondage (ce qui est d’ailleurs, avec des sondages limité à « l’électorat UMP » certes, un peu le cas actuellement avec les résultats qu’on connait…). Et que gouvernement au sondage signifie démagogie et gouvernement par la presse.

    1. @Xilrian :
      – Pour la fenêtre, je l’ai agrandie suite au commentaire d’Aristote (qui se fait aussi appelé Louis VI le Gros, moins classe ^^).
      – Sur les élites : j’assume le risque en employant les mots « élites » et « leaders » et je maintiens ce choix. Le défaut du mot « élite » c’est qu’il est désormais entrevu comme une catégorie sociale qui aurait comme dessein la conservation du pouvoir et leurs intérêts propres, alors que ça n’est pas nécessairement le cas. Je crois en une élite raisonnable, éclairée consciente de ses responsabilités. Je mets en lien un très bon article que j’ai lu ce matin et qui aborde le sujet : http://izine.net/2010/08/la-france-cette-escroquerie/
      – Sur le tirage au sort : si je fais un billet futur qui traite de la démocratie représentative, j’aborderai certainement ce point. Utilisé en Grèce en Antique, ou encore aujourd’hui dans la constitution des jurys d’assises, je n’y crois pas tellement pour les responsabilités nationales tant cela requiert un certain degré de « professionnalisation ». Par contre, à un niveau local, dans certaines conditions, l’idée est à creuser.
      – Sinon, merci pour ton commentaire et tes compliments; J’espère être en mesure de continuer à t’intéresser !

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