65 000 000 000 000 $ et moi, et moi, et moi…

Musique !

Petit calcul et grandes conclusions

Je ne suis pas économiste et j’ai arrêté mon année de Maths Sup en cours de route. Personne n’est parfait. Néanmoins il me reste quelques bases en arithmétique (addition, soustraction, multiplication et division feront l’affaire) qui vont me permettre d’étayer mon puissant cours magistral d’économie mondiale. N’ayons peur de rien, sachons rester vaniteux !

65 000 000 000 000 $, ça en fait des zéros. 65 000 milliards de dollars. Si ce chiffre astronomique vous échappe dans sa représentation, sachez qu’il s’agit en gros du PIB mondial. Pour faire simple, ce chiffre correspond à la richesse créée par l’ensemble du monde en une année. S’il paraît impressionnant, il faut le relativiser par le nombre d’habitants qui peuplent notre planète. Nous sommes 6,9 milliards. Si nous divisons grossièrement 65 000 milliards par 6,9, cela donne un peu moins de 9 500 $ par habitant. Le PIB/habitant moyen est donc d’environ 9 500 $. Si la moyenne en elle-même n’amène pas à considérer grand chose tant les réalités sont hétérogènes d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un individu à l’autre, elle va tout de même me permettre d’illustrer mon propos du jour.

Pour faire plus simple, on va arrondir les 9 500 $ à 10 000 $. Disons donc qu’en moyenne, un humain de 2010 aurait 10 000 $ de richesse à sa disposition, directe ou indirecte, pour l’année. Mais voilà, dans la réalité, le PIB/hab. du Burundi est inférieur à 700 $/an, celui d’un Luxembourgeois supérieur à 80 000 $/an ! Un rapport de 1/114 ! Pour vous donner une idée, voici les ordres de grandeur à l’échelle des continents :

  • Afrique : PIB/habitant : 1 700 $/an. Elle représente moins de 3 % du PIB mondial alors que sa population représente 15 % de la population mondiale. Le PIB de l’Afrique dans son ensemble représente à peine plus de la moitié du PIB de la France sur une année !
  • Asie/Océanie : PIB/habitant : 6 500 $/an. Cela représente environ 40 % du PIB mondial alors que la population représente près des 2/3 de la population mondiale.
  • Amérique du Sud : PIB/habitant : 8 500 $/an, soit 8 % du PIB mondial pour 10 % de la population totale.
  • Europe : PIB/habitant : 22 000 $/an (30 000 $/an pour la zone Euro), soit 25 % du PIB mondial pour à peine plus de 10 % de la population.
  • Amérique du Nord : PIB/habitant : 40 000 $/an. Continent le plus riche, il représente 22 % de la richesse mondiale pour seulement 5 % de la population.

Ces états de PIB/habitant ne permettent pas de mesurer réellement les niveaux de vie dans chacun des pays ou continents respectifs. Néanmoins, ils doivent me permettre d’étayer les perspectives que je souhaite mettre en lumière.

Classons le monde en 2 grandes catégories : les occidentaux (dont je fais partie) et les autres. Mon groupe, qui ne représente même pas 20 % de la population mondiale, détient près de 60 % de la richesse produite. Pas besoin d’aller plus loin pour reconnaître l’aspect profondément inégalitaire de la répartition de la richesse à l’échelle mondiale.

En clair, si nous voulions répartir de manière purement égalitaire (ce que je ne souhaite pas nécessairement, j’y reviendrai), la richesse mondiale, c’est à dire allouer l’équivalent de 10 000 $ par personne, il faudrait que nous autres français, occidentaux, acceptions de diviser notre niveau de vie par 3 ! Arrgh ! Perspective peu crédible vous en conviendrez.

Logique de compétitivité et « potentiel d’inégalités »

Cette situation n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau par contre est notre conscience de la mondialisation du monde. Je préfère d’ailleurs le mot « globalisation » qui malgré son origine anglophone, fait résonner un sens plus dynamique à mon avis. Mais peu importe. Si, jusqu’à encore récemment, nous pouvions vivre notre statut de « riches » sans se préoccuper outre mesure du sort des milliards d’autres de nos congénères, en niant honnêtement ou non, des réalités bien différentes des nôtres, ce n’est plus possible aujourd’hui, au moins d’un point de vue moral ou éthique. Je ferai prochainement un billet dédié à la notion d’éthique. Ce que je veux dire par là est qu’il nous est désormais impossible de nier la réalité profondément inégalitaire sur laquelle nous vivons.

Pourtant, nous continuons à faire comme si nous ne le savions pas. Notre mode de vie et son accroissement sont en grande partie basés sur l’exploitation de ce que j’appellerai le « potentiel d’inégalités ». Globalement nous souhaitons tous améliorer notre confort, notre niveau de vie. Idéalement, cela passe par l’accroissement de nos revenus. Mais ce n’est pas chose simple car cela requiert l’augmentation de notre productivité, de notre capacité à générer de la richesse, bref de notre croissance économique. Mais l’amélioration de notre confort passe aussi et de plus en plus par la réalité de notre capacité à consommer. En clair, pour consommer davantage, soit j’arrive à obtenir plus de revenus, soit je chercher à consommer moins cher. Avoir plus pour moins cher est devenu un véritable leitmotiv de nos sociétés. Cela n’est pas sans conséquences, cela n’est pas sans un certain paradoxe.

Alors que notre croissance française plafonne en moyenne entre 1 et 3 % (les bonnes années) ces vingt dernières années, nos « besoins » de consommation eux, ne suivent pas le même rythme. Nous voulons des écrans HD  (et maintenant 3D) de 102 cm. Nos moyens sont limités. Nous voulons des écrans HD 102 cm pour 500 €. Nous n’acceptons pas la stagnation, (et donc encore moins la régression) de notre niveau de vie. Nous n’acceptons pas que certaines choses soient « réservées » aux plus fortunés d’entre-nous. Nous voulons toujours plus, toujours mieux. Soit. Cela rejoint d’une certaine manière la logique de progrès qui m’est si chère. La croissance économique est liée au progrès technique et dans l’idéal, elle doit se traduire en progrès social et sociétal. Oui mais voilà, tout n’est pas parfait dans cette dynamique.

L’augmentation de notre capacité à consommer basée sur un abaissement des coûts de production est la traduction dans le réel de mon fameux « potentiel d’inégalités ». Mon écran à 500 € n’est possible que parce qu’ailleurs, les coûts de production, les salaires et donc les niveaux de vie locaux sont plus bas qu’ici. Nous délocalisons une grande partie de nos productions pour satisfaire notre besoin plus global de consommation. L’amélioration de notre niveau de vie puise une partie de ses ressources dans ce « potentiel d’inégalités ». C’est parce que d’autres (en l’occurrence beaucoup d’autres) sont bien plus pauvres que nous que nous pouvons augmenter notre propension à consommer davantage. S’orienter vers une tendance visant à réduire les inégalités à l’échelle mondiale revient à réduire ce « potentiel d’inégalités » sur laquelle est basée notre mode de vie occidental actuel. En clair, et bien que cela soit d’un cynisme déroutant, garantir nos modes de vie et notre confort revient à garantir le « potentiel d’inégalités » et donc à maintenir dans la pauvreté la majorité des habitants de notre planète.

Cette logique entraîne aussi un paradoxe énorme et une fuite en avant qui ne pourra pas durer indéfiniment. Le paradoxe vient du fait qu’alors que nous voulons des écrans à 500 €, nous voulons néanmoins des salaires élevés en France. Or, tout n’est pas possible, il faut faire un choix. Des salaires élevés entraînent certes une hausse de la capacité à consommer mais entraînent dans le même temps une hausse des coûts de production et donc des produits ou des services. Dans le même temps, la délocalisation, si elle entraîne une baisse des prix, diminue aussi notre capacité à proposer des revenus élevés. L’argent ne vient pas de nulle part, mais de la valeur ajoutée apportée lors de l’exploitation, de la transformation ou de la commercialisation d’une matière, d’un produit ou d’un service. Ceci est notre paradoxe et il durera tant que nous n’accepterons pas que notre conception actuelle de l’économie mondiale ne nous permet pas de tout avoir. Je le répète, ma démonstration est grossière, simpliste mais je m’attache à montrer les dynamiques.

Pour la fuite en avant, je l’illustrerai avec le cas allemand. L’Allemagne semble se sortir de la crise de manière plus probante que la France. Sa production industrielle, ses exportations, sa croissance affichent un bien meilleur visage que de l’autre côté du Rhin. Cela s’explique certainement, au moins en partie, par la capacité qu’a eu l’Allemagne à maintenir son niveau de productivité ces dernières années au prix de nombreux sacrifices, notamment le quasi gel des salaires ces 10 dernières années. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle tenir sur cette voie ? Combien de temps un pays peut-il continuer en ne proposant à son peuple que le fait de conserver une situation, de limiter la casse ? Où est donc le progrès là-dedans ? L’Allemagne recule l’échéance, ce qui, en l’état actuel des choses, est toujours mieux que la France qui sombre déjà. Mais on ne peut pas sérieusement, en tout cas je n’en ai pas l’envie, envisager un futur par le nivellement par le bas. Doit-on accepter de revoir à la baisse nos prétentions sociales, sociétales pour maintenir notre « compétitivité » ? Jusqu’où ? Jusqu’au niveau des Chinois ? Mais la Chine connait d’ores et déjà la logique de délocalisation en transférant une partie de sa production dans des pays voisins aux coûts de production encore plus faibles ! Le Bangladesh doit-il devenir la norme mondiale en terme de production ? Doit-on définitivement accepter de renoncer à nos 30 000 $ actuels et à notre hypothétique croissance pour tendre vers les 10 000 $ en apparence égalitaires ? Doit-on renoncer au progrès social et économique ? Peut-on dans le même temps sciemment maintenir les 3/4 de la planète dans un niveau de pauvreté suffisamment élevé pour maintenir notre « richesse » ? Le peut-on techniquement ? Le peut-on éthiquement ?

Le partage ou la guerre ?

La logique de « compétitivité » m’apparaît anachronique tant elle nie la réalité d’un monde où la concurrence se joue avec des règles différentes d’un lieu à l’autre sur la planète. Que deux acteurs économiques, sur un même marché, avec les mêmes contraintes sociales, environnementales et économiques se fassent concurrence, soit, c’est la logique même de l’économie de marché et j’y tiens (je ferai un billet prochain sur mon « libéralisme »). Mais la globalisation de l’économie n’entraîne pas l’harmonisation des règles et des normes. C’est comme si nous jouions au foot contre une équipe autorisée à jouer à 30 et avec les mains (oups !). Accepter que d’autres soient meilleurs que nous est une chose, ne pas jouer avec les mêmes règles du jeu en est une autre. Mais en tant que consommateurs, nous encourageons cette logique de « compétitivité » faussée. Et nous n’accepterons pas facilement d’y renoncer. Mais où tout cela peut-il nous mener ? Le « potentiel d’inégalités » est-il sans fin ? Peut-on espérer pouvoir tout concilier ?

Sans m’enfoncer dans des questions morales ou éthiques, j’avoue avoir un peu de mal à bien vivre ma position sociale aux yeux du monde quand je pense à la misère générée par mon mode et mon niveau de vie. Savoir que des dizaines de millions de personnes ne peuvent pas vivre dignement parce que l’Union Européenne, les Etats-Unis subventionnent massivement les exportations agricoles de nos pays, rendant les pays les plus pauvres « non compétitifs » sur le marché mondial me gène. Savoir que mes baskets, mon ordinateur, ma console de jeux, ma TV, mes meubles, mes fringues me sont « abordables » parce que fabriqués dans des conditions que je n’accepterais pas pour moi-même me gène. Mais je ne suis pas meilleur que les autres, j’arrive encore à dormir le soir et à oublier dès le lendemain. A faire semblant de nier ces réalités qui me mettent face à nos contradictions et nos responsabilités. Mais j’ai de plus en plus de mal à faire semblant et à continuer comme si de rien n’était. Il est tellement facile de se dire humaniste, solidaire, sensible au sort des autres depuis son canapé ou aux terrasses des cafés. Mais que sommes-nous prêts à faire pour changer cette situation qui paraît inacceptable ?

Au-delà du caractère éthique de la problématique, la nécessité de changer réside aussi dans la structuration même des fondamentaux de notre économie globale. Je me suis « amusé » (chacun ses lubies ^^) à une projection simple de la croissance économique mondiale et de la croissance démographique ces prochaines années. En partant d’un scénario avec une population estimée à 9,1 milliards d’habitants en 2050 (hypothèse retenue par l’ONU) et une croissance mondiale annuelle de 4 %, il faudrait attendre 2047 pour que le PIB moyen par habitant soit de 30 000 $.

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Si cette projection ne tient pas compte des disparités qui continueraient d’exister tout comme le fait qu’en 2050, le PIB/hab. moyen des pays occidentaux ne devrait plus être de 30 000 $, elle permet de se poser la question suivante : la croissance est-elle infinie ? Je réponds sans hésitation oui mais pas telle qu’elle est basée actuellement. Il est urgent de changer de paradigme de croissance. Notre croissance actuelle à l’échelle mondiale est essentiellement, de manière directe ou non, basée sur l’exploitation de matières premières non durables : pétrole, gaz, charbon, uranium, minerais divers. Si nous savons tous plus ou moins que le pétrole s’épuise rapidement, nous n’avons pas toujours conscience qu’il en est de même pour l’aluminium, le fer, le cuivre… Or, toutes ces matières sont à la base de la croissance mondiale. Pourtant, la plupart des théories économiques dominantes font comme si toutes ces matières étaient disponibles en quantité infinie.

S’il n’est déjà pas évident que nous acceptions de partager notre richesse dans un monde en croissance continue, ça l’est encore moins dans un monde où les sources de la croissance se raréfient. Personne, aucune nation, aucune société n’acceptera de diviser son niveau de vie par 2 ou par 3 pour gagner en éthique, pour partager. Ce n’est pas que nous ne trouvions pas la chose juste fondamentalement mais l’effort, le sacrifice serait bien trop grand pour supplanter notre égoïsme, notre esprit de conservation et nos idéaux sociaux. Je l’ai dit plus haut : le nivellement par le bas n’est pas une option envisageable. Aussi, quelle(s) alternative(s) sont concevables ?

Alors que les enjeux n’ont jamais été aussi mondiaux, il est curieux (ou pas) d’assister à un renforcement des discours nationaux voire nationalistes, des logiques protectionnistes avec tout le lot de populisme et de démagogie qui va avec. Je crains que ça n’aille pas en s’arrangeant. Nos politiques chercheront toujours à satisfaire nos « besoins » fussent-ils irrationnels ou déraisonnables. Nous avons conscience de vivre une période charnière même si nous n’en mesurons pas tous les enjeux et toutes les conséquences. Plus ou moins consciemment, nous sentons les choses nous échapper, changer d’échelle. Il en est de même pour nos dirigeants. Le décalage grandit de jour en jour entre la réalité et l’échelle des problématiques et l’échelle de nos institutions, de nos politiques et de nos discours. Plus les années passeront, plus les conséquences risqueront d’être difficiles à supporter. Que serons-nous prêts à accepter pour bénéficier des derniers barils de pétrole, les dernières tonnes d’acier ou de cuivre ? Combien d’émeutes de la faim accepterons-nous de supporter dans nos JT pour garantir notre niveau de vie ? Sommes-nous prêts à cautionner des conflits armés pour l’accès au pétrole ou à l’eau douce ? Refuser de partager aujourd’hui c’est accepter la violence de demain si rien ne change.

Peut-on refuser la croissance et ses « bienfaits » à ceux qui en ont si peu bénéficié jusqu’à maintenant ? Serons-nous d’ailleurs les plus forts pour défendre nos accès aux ressources naturelles ? Ferons-nous le poids face aux Etats-Unis, à la Chine alors que nous avons déjà tant de mal à faire vivre l’ensemble européen ? Sommes-nous condamnés à vivre dans un monde où la raison du plus fort est toujours la meilleure ? N’avons-nous pas d’autres choix que « le partage ou la guerre » malgré des siècles de civilisation ?

Une troisième voie ?

Le scénario que je viens de décrire est clairement anxiogène. D’ailleurs, j’espère me tromper totalement sur ma lecture de la situation. J’avoue que je préfèrerais que quelqu’un me dise que je suis un sombre idiot et que je n’ai rien compris à l’affaire… Si c’est le cas, n’hésitez pas à me le dire et à me démontrer mon erreur. Mais avant, peut-être avez-vous lu en haut à droite de cette page, dans le mini-portrait que je me suis consacré (sachons être vaniteux ET narcissique), que je me définissais comme « résolument optimiste ». Difficile à croire à la lecture des dernières lignes, non ? Et pourtant. Si j’ai créé ce blog, ce n’est pas pour seulement y déverser mes craintes, mes coups de gueule, mes atermoiements, mes critiques. Au-delà des constats, je veux essayer d’être objectif et constructif, tenter de comprendre, de voir quelles pistes s’offrent à nous, quelles solutions pourraient aider à la résolution de nos problématiques et concilier mes propres idéaux avec la réalité de notre monde. Ambitieux projet mais c’est à travers ce genre d’initiative que je me sens capable de faire vivre mon optimisme.

Si j’admets volontiers qu’un monde fait de partage entre riches et pauvres est illusoire, je refuse à me résigner sur la question du changement. Si l’on ne peut changer le passé, on peut faire des choix pour le futur. S’il ne s’agit pas de diviser et de renoncer à ce que nous possédons ou souhaitons posséder, il faut néanmoins parvenir à adopter une dynamique de responsabilité. Nous ne pouvons pas continuer à ignorer nos responsabilités sociales, économiques et environnementales à l’égard du reste de la planète. Tous nos choix devraient passer à travers une grille de lecture à définir qui nous permettrait d’assumer en pleine conscience nos choix de société et leurs conséquences. Nous avons un devoir d’exemplarité et non celui de donner des leçons. Rien ne changera rapidement mais comme j’aime à me le rappeler : « l’important n’est pas tant la vitesse à laquelle nous avançons, mais d’avoir la certitude d’aller dans la bonne direction ». Nous nous devons d’être les plus irréprochables possible sur notre démarche pour l’avenir. Nous ne pouvons plus faire peser les conséquences de nos choix sur les autres aujourd’hui, ou sur les générations de demain.

Mais ces beaux voeux ne régleront pas la problématique de la croissance et de la profonde légitimité des pays les plus pauvres à se développer et à leurs peuples d’avoir des aspirations au progrès. Plus haut j’écrivais qu’à la question « la croissance est-elle infinie ? », je répondais « oui » sans hésitation. La croissance ne doit pas être présentée comme un problème. Ce qu’il faut gérer ce sont les sources de la croissance et la répartition de ses bénéfices. Mais peut-être faudrait-il envisager la croissance autrement qu’uniquement à travers sa traduction en points de PIB ? Plus que la croissance économique, ce qui nous intéresse est la croissance de notre niveau de vie, de notre niveau social, de notre confort. Au-delà d’avoir plus, nous souhaitons avoir mieux. C’est l’idée commune que l’on se fait du progrès.

Aussi, afin d’éviter au maximum les futures crises liées aux difficultés d’approvisionnement en matières premières, aux conflits sociaux liés à l’augmentation du chômage, au recul du pouvoir d’achat, il serait temps d’enclencher la transformation de nos économies. La priorité devrait être donnée à la recherche et à l’innovation. Il faut trouver des palliatifs durables à nos habitudes actuelles. Ce n’est pas parce qu’il n y a pas de solutions « miracle », qu’il n’y a pas de solutions. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de solution aujourd’hui à tel ou tel problème qu’il n’y en aura pas demain. Mais il faut se donner les moyens de trouver des solutions. Nous vivons une époque unique sur le plan historique : pour la première fois de l’Histoire, l’Homme a la capacité de complètement prendre en main son futur et ce, de manière mondiale. Des choix que nous ferons ces prochaines années dépendront directement notre avenir commun et celui de ceux qui suivront. Nous avons changé d’échelle. Ce n’est plus un pays par rapport à un autre, un bloc par rapport à un autre, une civilisation par rapport à une autre. Non, désormais nous devons choisir et agir en ayant conscience de notre interdépendance vis-à-vis du reste du monde. Cela n’empêche pas les choix locaux mais doit les mettre en perspective.

La question n’est pas de savoir si nous devons consommer moins d’énergie. A l’échelle mondiale, il est absurde de penser que cela soit possible. La question est de savoir d’où proviendra l’énergie que nous consommerons. La question n’est pas de ce savoir si nous devons consommer moins mais comment continuer à faire vivre une logique de progrès dans une démarche de responsabilité globale.

Je crois en la science. Je crois en la technologie. Je crois au génie humain et à notre capacité à innover, à trouver des solutions. Ma crainte réside dans le doute que j’ai sur notre capacité collective à freiner ou à braquer le volant avant que notre pare-choc ne touche le mur. Le XXIe siècle peut être un siècle formidable fait de progrès incroyables en médecine, en technologie, de résorption des inégalités en terme d’accès aux soins, au confort… Un siècle qui démontrerait la capacité des hommes à prendre leur destin en main, malgré les difficultés, faisant face aux problèmes mais ne renonçant jamais à l’idéal de progrès. Mais, le XXIe peut aussi être le siècle qui démontrera notre incapacité à prendre le tournant de la mondialisation, à dépasser le XXe siècle et ses logiques économiques et géopolitiques dépassées. Un siècle fait de violences, de misère, de catastrophes écologiques, de conflits et de désillusions.

Notre responsabilité est grande, à la hauteur de l’enjeu : l’avenir du monde. Ne croyons pas que nous n’y pouvons rien. Ne croyons pas que la responsabilité nous échappe, qu’elle incombe à d’autres. Chacun d’entre-nous, en tant que consommateur, en tant que citoyen, en tant que professionnel, en tant qu’homme et femme appartenant à ce monde nous avons la responsabilité de notre propre futur. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous ne pourrons pas dire que ce n’est pas notre faute. Mettons la pression sur nos responsables politiques pour qu’ils adoptent des postures et des actes au niveau des enjeux. Ne succombons pas à la démagogie facile ou au fatalisme. Ne remettons pas à demain ces questions car demain est déjà là et les points de non-retour sont nombreux. Si des solutions peuvent émerger, seule la mise en place de politiques responsables, dans un maximum de pays peuvent permettre leurs mises en oeuvre à grande échelle. Il faut parvenir à coordonner au maximum nos actions, nos choix. Les logiques de type G20, gouvernance mondiale, vont dans le bons sens mais elles se heurtent dans le même temps aux démagogies nationalistes. Il faut organiser et piloter les politiques de recherches scientifiques, tous domaines confondus de manière la plus globale possible : internationale, public/privé, sciences humaines et sciences dures… Il faut parvenir à dessiner notre futur. Nous en avons le potentiel, transformons-le en réalité. Puisque nous avons des responsables politiques qui nous ressemblent, alors changeons.

Posons-nous toutes et tous les questions suivantes : comment vois-je le monde dans 30 ou 40 ans ? comment vois-je la France dans 30 ou 40 ans ? Pensons aux réalités d’aujourd’hui pour imaginer le monde de demain. Ensuite, posons-nous la question suivante : quel monde et quelle France aimerais-je voir dans 30 ou 40 ans ?

Il ne s’agit même pas de savoir si nos rêves sont possibles. Si on dit non, on fait quoi ? La seule question est : comment y parvenir ? Que dois-je faire pour espérer que cela soit possible ? Dans un premier temps, l’espoir suffira. Regardons, analysons tous nos choix à travers ce prisme fait d’ambitions et de responsabilités. De nos souhaits, de nos rêves, de nos ambitions naîtra notre futur. De notre démarche éthique et responsable la capacité à le réaliser.

Et si ça ne marche pas, j’espère que je serai ce « sombre idiot » qui se sera trompé…..

A suivre.

Du bruit et des odeurs… Et notre idéal dans tout ça ?

Vous n’aurez certainement pas manqué ces derniers temps, cette volonté de (re)mettre la déchéance de la nationalité dans l’arsenal des peines possibles pour les Français non-Français de souche (!) qui auraient porté atteinte à des dépositaires de l’autorité de l’Etat. Quelques jours plus tard, il est suggéré d’étendre cela à d’autres crimes (excision, traitements inhumains, délinquance grave, …). Plus fort encore, la possibilité envisagée de ne pas octroyer la nationalité française à des mineurs nés en France (!) mais de parents non-Français qui auraient commis des actes de délinquance aggravée. Bref, pour faire simple, il s’agit ni plus ni moins que de créer deux catégories de Français avec des droits différenciés. Une sorte de permis à points de « bon Français » pour toutes celles et ceux qui auraient eu le malheur de ne pas avoir tirer les bons numéros à la loterie de la naissance. Et pourtant …

C’était il y a 19 ans :

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Ces mots de Jacques Chirac en 1991 trouvent un écho tout à fait actuel dans ce climat de plus en plus pesant sur les questions d’immigration, d’identité nationale, de sécurité. Seulement voilà. Le bruit que j’entends est celui des bottes. L’odeur celle des discours nauséabonds de ces derniers mois.

De la déchéance de la nationalité à la déchéance de la nation

Vous n’aurez certainement pas manqué ces derniers temps, cette volonté de (re)mettre la déchéance de la nationalité dans l’arsenal des peines possibles pour les Français non-Français de souche (!) qui auraient porté atteinte à des dépositaires de l’autorité de l’Etat. Quelques jours plus tard, il est suggéré d’étendre cela à d’autres crimes (excision, traitements inhumains, délinquance grave, …).  Plus fort encore, la possibilité envisagée de ne pas octroyer la nationalité française à des mineurs nés en France (!) mais de parents non-Français qui auraient commis des actes de délinquance aggravée. Bref, pour faire simple, il s’agit ni plus ni moins que de créer deux catégories de Français avec des droits différenciés. Une sorte de permis à points de « bon Français » pour toutes celles et ceux qui auraient eu le malheur de ne pas avoir tirer les bons numéros à la loterie de la naissance. Et pourtant …

Article premier de notre Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Aïe ! En clair, ça ne va pas le faire. Ça ne DOIT pas le faire :   » […] sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Bordel, c’est beau comme projet de société non ? Et pour satisfaire à un électorat vieillissant, très souvent rural et qui regrette la France des Choristes nous devrions renoncer si facilement à cet idéal de société ? Car au-delà du Droit, au-delà du texte, il y a le projet ! Quelles étaient les valeurs qui ont animé les rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, sur laquelle se base (encore) notre constitution ?

Je ne suis toutefois pas naïf au point de penser que la France de 2010 ressemble à celle de 1789. Je ne suis pas naïf au point de penser que l’idéal républicain de la première heure ait pu réellement exister de manière pleine et entière. Je ne suis pas naïf au point de penser que des « déclarations » suffisent à régler la question du vivre ensemble. Et alors ? Est-ce parce que rien n’est évident, que rien n’est définitif qu’il faut renoncer à tout idéal ?

Je n’aurai pas la prétention (encore que …) de généraliser à partir de mon cas, mais je ne peux pas me résigner à vivre dans une société qui ne parvient pas à se projeter de manière positive dans son avenir. Ce n’est pas qu’une question de nationalité, c’est bien plus que cela. Certes, l’être humain a une tendance naturelle au conservatisme. Le changement angoisse, les habitudes rassurent. Mais la « société », le « collectif » ont cette formidable capacité à transcender, à dépasser l’individu pour permettre l’émergence d’idéaux, de valeurs communes, de fondamentaux qui servent (ou devraient servir) de « lignes de vie » à nos destins communs et permettent d’avancer sur le chemin du progrès. Oui, le progrès.

Or, depuis bien trop longtemps, nous avons renoncé à faire en sorte de maintenir le progrès comme une nécessité absolue. Le monde politique en est le reflet. Le personnel politique, tous partis confondus, est passé d’une logique majoritairement de proposition à une logique essentiellement de réaction. Pour simplifier, le politique réagit davantage à l’actualité d’aujourd’hui qu’il ne construit le quotidien de demain. Il n’est pas question d’agir en niant les réalités mais il est indispensable que la politique garde une dynamique de construction.

Mais l’Histoire ne fait-elle que se répéter ? Si les discours d’aujourd’hui m’évoquent davantage le Régime de Vichy que les belles heures de notre Histoire, l’état de notre société ces dernières décennies me font croire en un stade de déchéance de notre nation, de décadence. Nous avons mangé (tout ?) notre pain blanc. Nous avons cru à l’immuabilité du progrès social, de la croissance économique, du mieux-être. La réalité se heurte à nos illusions. Le monde s’est globalisé, nos problématiques et nos enjeux avec. Nous avons cru que nos valeurs, nos idéaux étaient gravés dans le marbre de notre Histoire. Aujourd’hui nous prenons péniblement conscience que rien n’est acquis, que rien n’est définitif et qu’il convient de questionner de manière permanente nos certitudes afin de savoir quoi défendre et pourquoi.

Questionner notre « identité nationale » ne devrait pas être le chemin glissant que nous vivons actuellement mais ce devrait être à notre idéal de société ce que le doute est au scientifique : une nécessité méthodologique. Que sommes-nous et surtout que voulons-nous être ? Si j’ai le sentiment de la déchéance de notre nation, c’est parce qu’elle se fourvoie sur son identité. Elle oublie dans son Histoire ses propres valeurs de progrès pour ne garder que son conservatisme. Pire, elle projette de définir son identité non pas dans son idéal mais dans son rapport aux autres, par facilité, par faiblesse. Plutôt que de définir qui nous devrions être, nous décidons de qui nous ne voulons pas dans notre rapport identitaire. En 1940, les Juifs servaient « d’étalon » permettant de qualifier de façon infâme ce qu’était un « bon Français ». En 2010, allons-nous utiliser qui des Roms, des clandestins, des hommes et des femmes, des enfants issus de l’immigration, des « jeunes de banlieues », des musulmans, des homosexuels, des Noirs pour déterminer de manière ignoble, sordide mais éhontée qui nous sommes ? La simple évocation de cette tendance me donne la nausée. Ce n’est pas ce que j’ai appris à l’école. Ce n’est pas la France que j’aime. Ce n’est pas la France que j’ai envie d’aimer.

Pour vivre ensemble, ce que nous voulons en commun et plus important que ce que nous avons en commun. La dynamique collective, et c’est valable pour un couple comme pour une nation, est définie non pas par ce que nous possédons ensemble mais par ce que nous construisons ensemble. Peu importe qui nous sommes et d’où nous venons si nous sommes convaincus par notre ambition commune.

Mais voilà. Il est plus facile d’adopter la stratégie de l’ennemi commun que celle du projet commun. Cela demande beaucoup moins d’efforts et d’intelligence. Il est tellement plus simple d’être tous « contre » que tous « pour ». Trouver un ennemi c’est s’affranchir de ses propres responsabilités. A tout le moins, en avoir l’illusion. Ce n’est plus de ma faute si la société n’est pas ce que je souhaite mais celle des autres, les délinquants, les immigrés, ceux qui n’ont pas la même culture, la même couleur … Les « supprimer », les « nier » apparaît comme la solution miracle. Replions-nous sur nous mêmes, sur nos certitudes, notre (glorieux ?) passé et nos points communs et empêchons les autres de briser notre cercle d’idiots décérébrés qui nous rassure tant. Comme si cela allait régler nos problèmes. Comme si, à l’instar du nuage de Tchernobyl, toutes les problématiques s’arrêteraient aux frontières. Comme si le monde n’était qu’une juxtaposition de pays bien hermétiques, étanches les uns par rapport aux autres. Allons-nous longtemps continuer à supporter ce genre d’inepties ?

Considérer nos différences comme des problèmes, c’est oublier notre Histoire. En 1794, l’abbé Grégoire faisait état que seulement 3 millions de personnes parlaient français sur un total de 28 millions. La France était un véritable puzzle linguistico-culturel. Est-ce pour autant que l’idéal républicain n’a pas pris forme ? Certes, tout ne s’est pas fait dans la douceur et la continuité et il aura fallu près d’un siècle pour voir ce projet fou se stabiliser mais quels résultats ! Education, émancipation des individus, progrès techniques, avancées sociales, démocratisation, amélioration de la santé, de l’espérance de vie, …. Notre vie n’a plus grand chose à voir avec celles des premiers citoyens de 1789. Nous vivons sur l’héritage de nos aïeuls. Nous ne le faisons pas prospérer, nous le dilapidons sans le reconstituer.

L’Histoire n’a pas vocation à nous faire vivre dans le passé, à alimenter notre nostalgie, notre passéisme, notre conservatisme latent mais à nous donner des exemples, des leçons et à comprendre les dynamiques. Ce ne sont pas nos différences qui  nous empêchent  d’avoir un projet commun. Nous sommes irresponsables, immatures, indignes de se revendiquer de l’esprit des Lumières et de son idéal républicain. J’entends, je lis ça et là que la nationalité française devrait se « mériter ». Quelle gigantesque mascarade ! Nous ne sommes qu’une bande d’imposteurs, toujours prêts à donner des leçons de morales aux autres tout en crachant sur le plus beau de notre patrimoine : la volonté de vivre ensemble.

 

Oui, je sais, mon propos est facile à tenir, bien pensant. Mais comment fait-on ? Je serais bien incapable de fournir comme cela, à la volée, un programme de mesures pour parvenir à un monde meilleur. Qui le pourrait d’ailleurs ? Mais je suis au moins convaincu d’une chose : notre potentiel. Je me plais, ailleurs, à montrer à quel point l’intelligence humaine est prodigieuse, à quel point une seule personne est capable d’accomplir, d’inventer, de réaliser de grandes choses. Néanmoins, je reste toujours dubitatif quant à notre incapacité à faire les choses collectivement. D’ailleurs, je ne crois pas aux mouvements populaires, aux révolutions. Je crois aux leaders. Je crois aux élites, qu’elles soient politiques, intellectuelles, médiatiques, économiques, …. Nous n’avons pas toutes et tous à appréhender l’ensemble des sujets. Certaines personnes sont plus qualifiées, plus intéressées que d’autres pour prendre en main, pour faire avancer tel ou tel domaine, telle ou telle problématique. Nous ne pouvons pas être spécialistes en tout. Il faut donc déléguer notre confiance.

Nous touchons là au point central de notre responsabilité : pour jouer pleinement leur rôle, les élites ont besoin de légitimité, de confiance. Notre responsabilité en tant que citoyen et plus généralement en tant que peuple est de s’assurer de la possibilité de vivre dans une société capable de faire confiance. Or, plus les années passent et plus j’ai l’impression que la défiance prend le pas sur tout le reste : défiance des politiques et des médias notamment. D’autre part, les intellectuels sont particulièrement atones ou inaudibles. Notre paradoxe contemporain se situe dans le fait de ne jamais avoir eu tant besoin de réfléchir et de construire notre avenir et de si peu exploiter le potentiel d’intelligence que nous avons. Le nombre de gens éduqués, cultivés n’a jamais été si grand qu’aujourd’hui. La masse de connaissances en toute chose augmente chaque jour. Les nouvelles technologies permettent le partage immédiat, de s’affranchir des distances, des frontières, des horaires et optimisent l’utilisation des moyens.

Tout n’est pas noir et tout n’est pas perdu. De fantastiques progrès se font chaque jour en médecine. Des solutions technologiques font leur apparition quotidiennement pour tenter d’apporter des réponses à nos problèmes. Mais il manque une dimension plus globale. Le monde politique subit et cherche à s’adapter tant bien que mal alors que son rôle devrait être celui de chef d’orchestre. Les politiques doivent nous proposer une France pour demain. Les politiques doivent projeter leurs actions et nous projeter dans 25, 50, 100 ans. Pour avoir la légitimité de le faire et pour éviter les grandes bêtises, ils doivent s’appuyer sur les élites intellectuelles, tous domaines confondus. Car si l’activité des chercheurs en médecine, en astronomie, en nouvelles technologies donne des résultats « médiatiques », qu’en est-il pour les philosophes, sociologues, futurologues, géographes, démographes, … ?

Il faut bâtir sur des bases solides, les plus indiscutables possibles. Mais il faut aussi une part de « rêve ». Etre ambitieux pour soi comme pour la société dans laquelle on vit n’est pas une tare. Bien au contraire. Vivre dans une société ambitieuse pour elle-même est une impérieuse nécessité. Aux scientifiques et aux intellectuels l’analyse de la réalité et des scénarios, aux politiques les prises de décisions et la détermination du cap. Aux citoyens le choix des capitaines. Chacun à un rôle à jouer et personne ne doit fuir ses responsabilités. Aux politiques le devoir de prise de décisions, d’exemplarité et de probité. Aux citoyens le devoir de ne pas succomber aux sirènes du populisme et de la démagogie. Aux scientifiques et aux médias le devoir d’informer, d’alerter. Aux citoyens le devoir d’entendre et d’agir/choisir en conséquence.

Mais il est possible de faire bien davantage. Notre rôle de « citoyen », de composante de la société, ne se limite pas à notre vote. Non, chaque jour, dans notre profession, dans nos activités personnelles nous pouvons faire vivre notre idéal de société en faisant vivre nos valeurs et nos opinions au quotidien. Ce n’est ni une question de temps, ni une question de moyens. En moyenne, chaque Français passe 1250 heures par an devant la télévision. Si on consacrait ne serait-ce que l’équivalent de 5 % de ce temps (10 mn par jour) à des activités au profit de la collectivité, sur une base de 40 millions de personnes potentiellement concernées, ce serait 2,5 milliards d’heures qui seraient mises à profit pour aller vers du « mieux » ! Cela en fait des projets, des moments pour rencontrer les autres, pour apprendre à vivre ensemble, pour s’entraider, pour partager….

Ce rapide calcul fait très « Bisounours », j’en conviens. Mais il me permet d’illustrer ce que je voulais démontrer : notre potentiel pour changer les choses. Montrer qu’il ne tient qu’à nous de choisir ou non de prendre notre avenir en main. De dire, de faire savoir nos opinions et de les faire vivre. De construire ensemble pour pouvoir vivre ensemble. De pouvoir se projeter dans un avenir plus serein et, je l’espère, plus fraternel, où le communautarisme, la xénophobie seraient mis à mal par la réalité d’une société capable de s’épanouir avec des origines, des cultures, des parcours multiples mais avec une volonté  de partager un destin commun. Je n’ai le choix que de l’espérer. J’essaierai toujours d’oeuvrer en ce sens.

 

A suivre…